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15h47
On vient de transférer Bill de la salle de réveil à l'unité de soins intensifs du service de traumatologie, une pièce en « U » avec une dizaine de lits. Des infirmières s'y affairent en permanence. Elles prennent connaissance des informations débitées par les appareils qui enregistre les signes vitaux de Bill. Au milieu de la salle, il y a d'autres ordinateurs et un grand bureau où si tient Ashley.
Un infirmier et une infirmière s'occupent de Bill, en plus des médecins qui font des visites constantes. Le premier est un moustachu blond et rondouillard que je n'aime pas beaucoup. La femme a une peau noire aux reflets bleutés. Elle parle avec un accent chantant et appelle Bill « mon petit » tout en arrangeant sans cesse ses couvertures, qu'il ne repousse pourtant pas.
Bill est de moins en moins hérissé de tubes et de tuyaux. Celui qui était dans sa gorge et qui respirait à sa place, et ceux qui étaient sur son torse ont disparut. Il en a un qui passe par son nez et maintient son estomac vide, un autre qui l'hydrate, planté dans une veine. Un autre enregistre son rythme cardiaque à partir de son doigt.
Il n'a encore reçu aucunes visites, à part celle des médecins et du personnel soignant.
Mais parents viennent d'arriver, et Ashley leur explique qu'il est dans un état grave.
« Pouvons-nous faire quelque chose? Demande maman. On se sent inutiles, à rester là à attendre.
- Je vais me renseigner pour savoir si vous pourrez le voir dans un moment. »
Elle avance vers moi, passant rapidement. J'ai quand même le temps d'attraper son bras.
« Ashley...
- Bill est encore sous l'effet de l'anesthésie. Il faut que son corps récupère du choc. Mais même s'il dort, il est bon pour lui d'entendre la voix de ses proches.
- Tu en fais partis. »
Elle m'adresse un sourire et serre doucement ma main. J'entremêle mes doigts avec les siens. Elle me tire doucement vers elle, nous faisant entrer dans la salle des soins intensifs.
La gentille infirmière se penche vers mon frère. On n'est pas dans un service pédiatrique et pourtant il y a des sucettes brodées sur sa blousse. « Ton frère est là mon petit . » lui annonça-t-elle, comme si l'on se rencontrait au supermarché du coin.
16h39
Il y a foule autour de moi, maintenant. Toute la famille est présente, nous réconfortant moi et mes parents.
La famille s'est rassemblée dans la salle d'attente. Pas la petite où mes parents se trouvaient pendant la dernière opération de Bill, à l'étage de la chirurgie, mais une plus vaste, dans le service principal, équipée de fauteuils et de canapés confortables, avec des magasines relativement récents. Tout le monde parle à voix basse, comme pour respecter les autres personnes présentes. Sauf qu'ils sont les seules à attendre. Il y a une telle atmosphère de gravité que je retourne dans le couloir pour me détendre un peu.
En voyant arriver Ashley, je suis ravi. Elle avance à toute allure dans les couloirs de l'hôpital. Je la suis dans les couloirs. Elle traverse ensuite le hall, contourne la boutique, passe devant la cafétéria, puis consulte le plan de l'hôpital. J'ai une petite idée de ce qu'elle cherche.
Elle se dirige en effet vers la chapelle qui se trouve au sous-sol. L'atmosphère y est paisible. Une chaîne invisible passe en sourdine une sorte de musique New Age.
Ashley s'affale sur l'une des chaises recouvertes de peluches. Elle hôte sa blousse blanche.
« Ah, j'adore ce métier! » s'exclame-t-elle. Elle essaie de rire, sans y parvenir. Son ton est sarcastique et je comprends que ce n'est pas à Dieu qu'elle s'adresse, mais à Bill. Elle désigne la chapelle d'un geste circulaire. « C'est sans doute l'idée que l'hôpital se fait d'un lieu ½cuménique... » Il y a au mur un crucifix, un lutrin recouvert d'un drap marqué d'une croix, et quelques tableaux représentant une Vierge à l'Enfant. « Voilà une étoile de David symbolique, poursuivit-elle en tendant le doigt vers une étoile à six branches. Mais les musulmans? Je ne vois pas de tapis de prière, ni rien qui permette de savoir où sont l'orient et la Mecque. Quant aux bouddhistes, est-ce qu'ils n'auraient pas le droit à un gong? »
Je m'assois sur une chaise à côté de l'entrée. J'aime sa façon de parler à Bill, elle a quelque chose d'habituel, de naturel. À par l'urgentiste qui à dit à Bill de s'accrocher, l'infirmière qui lui demande sans cesse comment il se sent, et moi qui essaie de le faire revenir, personne ne lui a adressé la parole depuis l'accident.
Je n'ai jamais vu Ashley prier. Dans l'ensemble, elle ne se sent pas très concernée par la religion. Au bout d'un moment, pourtant, elle ferme les yeux et murmure des mots dans une langue inconnue.
Quand elle a terminé, elle se frotte les mains comme pour dire « bon, ça suffit maintenant », puis s'adresse à nouveau à Bill. « S'il te plaît, Bill, ne meurs pas. Je comprends que tu puisses y penser, mais dis-toi bien que si tu meurs, il y aura une cérémonie ridicule, genre hommage à Lady Di, avec des fleurs, bougies et inscriptions sur des bouts de papiers déposées près de chez toi. » Elle essuie une larmes rebelle d'un revers de main. « Je sais que tu aurais horreur de ça. »
16h47
Une fois, maman m'a introduit en douce dans un casino. La famille partait en vacances et nous nous sommes arrêtés pour déjeuner. Ma mère a eu envie d'aller tenter sa chance au jeu et je l'ai accompagné pendant que papa restait avec Bill, qui somnolait dans la voiture. Elle s'est assise à une table de black-jack. Le croupier nous a dévisagés, d'abord elle, puis moi, et elle lui a lancé un regard qui l'a littéralement cloué sur place, suivis d'un sourire éblouissant. Il lui a timidement rendu son sourire sans oser rien dire. Elle s'est mise à jouer et je l'ai observé, hypnotisé. Quand papa et Bill sont venu nous chercher, grognons tous les deux, j'ai eu l'impression que nous étions là depuis un quart d'heure à peine. En fait, nous avions passé plus d'une heure à la table de jeu.
C'est la même chose dans l'unité de soin intensifs. On ne sait plus quel jour on est et on perd la notion du temps. La lumière est superficielle. Et il y a un bruit permanent. Sauf que ce ne sont ni les bips électroniques des machines à sous ni l'avalanche métallique des pièces qui tombent, mais le ronronnement des appareils médicaux et la conversation des infirmières. Je me demande exactement combien de temps je suis ici. Il y a un petit moment, l'infirmière que j'aime bien, celle qui a l'accent chantant, à dit à Bill qu'elle rentrait chez elle en ajoutant: « Je reviens demain, et j'espère te retrouver, ici mon petit. » Au début j'ai trouvé ça curieux. Ne préfèrerait-elle pas le savoir rentré chez lui, ou transféré dans un autre service de l'hôpital? Et puis j'ai compris. C'est sa façon de lui dire de ne pas mourir.
Les médecins vont et viennent. Ils soulèvent les paupières de Bill et braquent le faisceau lumineux d'une petite lampe sur sa pupille avec des gestes brusques et pressés. On dirait que pour eux, des paupières ne méritent pas d'être manipulées avec douceur. Cela me fait penser que dans la vie, on touche rarement les yeux des autres. Parfois, un parent soulève la paupière d'un enfant pour ôter une poussière de son ½il, ou un garçon dépose un baiser léger comme un papillon sur la paupière de sa petite amie, juste avant qu'elle s'endorme. Mais les paupières n'ont pas l'habitude d'être rudoyées, au contraire des coudes, des genoux ou d'autres parties du corps.
Maintenant, Ashley est au chevet de Bill. Elle lit son dossier et parle avec les infirmières, puis elle sort retrouver les membres de ma famille, qui ont cessé de parler à mi-voix et s'occupent chacun de son côté.
Quand Ashley sort de la salle, ils se lèvent comme devant une souveraine. Elle leur adresse un petit sourire. Je pense qu'elle leur indique ainsi que tout va bien, ou que l'état de Bill est stationnaire. Qu'elle est là pour donner les dernières informations et non pas pour lâcher une bombe.
« Bill est toujours inconscient, mais ses signes vitaux s'améliorent, dit-elle. Il est actuellement avec des médecins spécialistes.
- Il va bientôt de réveiller, non? » demande ma mère.
Ashley hoche la tête. « Il respire sans assistance, il y a du progrès. Cela montre que ses poumons fonctionnent et que ses blessures internes se stabilisent.
- On peut le voir? » s'interroge papy.
Ashley fait signe que oui.
« C'est pour cela que je suis ici. Ce serait une bonne chose pour Bill s'il recevait une visite. Brève. Et pas plus d'une ou deux personnes.
- Nous y allons. »
Ma mère fait un pas en avant, mon père à ses côtés.
« Parfait », dit Ashley. Puis elle ajoute, à l'intension du reste de la famille: « Ce ne sera pas long. »
Elle s'approche de moi et me murmure: « Tu peux venir toi aussi.
- Tu as dis pas plus d'une ou deux personnes.
- Tu es son frère. »
Elle entremêle ses doigts avec les miens, et caresse ma main avec son pouce. Je lui adresse un petit sourire.
Nous avançons dans l'unité des soins intensifs en silence. Lorsque mes parents franchissent les portes automatiques, ils s'arrêtent, comme devant une barrière invisible. Ma mère prend la main de son mari. Il y a bien longtemps que je ne les ai pas vue faire ce geste. Je serre automatique ma main sur celle d'Ashley. Ma mère parcourt les lits du regard, mais mon père a tout de suite repéré Bill et il se dirige vers lui à grands pas. Elle le suit.
« Bonjour mon chéri », dit ma mère. Il y a une éternité qu'elle ne l'a pas appelée ainsi. La dernière fois, c'était quand on avait décidé de prendre notre propre appartement à moi et Bill. Elle s'approche lentement, en prenant de courtes inspirations.
Ashley apporte deux chaises qu'elle place au pied de lui de Bill.
« Est-ce qu'il nous entend? Interroge ma mère. Si nous lui parlons, il nous comprend?
- Pour être sincère, je ne sais pas. Mais votre présence va le réconforter, tant que vous lui dites des paroles réconfortantes. »
Ashley commence à partir, mais je la retiens à nouveau, lui prenant encore une fois la main.
« Reste.
- Mais
- Tu es sa meilleure amie. »
Mes parents restent un moment silencieux. Puis ma mère se met à bavarder à propos des orchidées qu'elle cultive dans sa terre. Mon père à les mains qui tremblent. Lui qui n'est pas bavard doit avoir du mal à parler de choses et d'autres.
Une nouvelle infirmière s'approche. Elle a des cheveux bruns, des yeux noirs maquillés avec une ombre à paupière nacrée. Ses faux ongles ont des décalcomanies en forme de petit c½ur dessus. Elle doit se donner beaucoup de mal pour les entretenir. J'admire le résultat.
« N'ayez aucun doute, il vous entend, dit-elle. Il se rend compte de tout ce qui se passe. »
Elle reste là, les mains sur les hanches. Pour un peu, elle ferait une bulle de chewing-gum. Mon père et ma mère boivent ses paroles.
Ashley se rapproche de moi et parle à l'intension de mes parents. « Vous croyez que tout dépend des médecins ou des infirmières, ou de tout ces équipements? Dit-elle en tendant sa main libre vers le mur d'appareils médicaux. Eh bien non. C'est lui qui mène le jeu. Alors parlez-lui. Dites-lui qu'il peut prendre tout le temps qu'il veut, mais qu'il revienne. Vous l'attendez. »
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Je suis désolée du retard. Mais je voulais faire un chapitre un peu plus long que d'habitude, ce qui m'a pris malheureusement plus de temps que prévu. Je vous pris de m'excuser, mais je veux vous faire ressentir des tas de sentiments. J'espère réussir à vous faire transporter dans mon monde.
Je vous pris encore une fois de m'excuser du retard que j'ai pris pour poster le chapitre3.
Avec toute mon amitié.
Alex
Come in My World ! (Blog en construction)